 De Simone De Beauvoir et Gisèle Halimi
 Femme de lettres française
Née à Paris le 9 Janvier 1908
Décédée à Paris le 14 Avril 1986
Une algérienne de 23 ans, agent de liaison du F.L.N, a été sequestrée, torturée, violée avec une bouteille par des militaires français: c'est banal. Depuis 1954, nous sommes tous complices d'un génocide qui, sous le nom de répression, puis pacification, à fait plus d'un million de victimes: hommes, femmes, vieillards, enfants, mitraillés au cours des ratissages, brûlés vifs dans leurs villages, abattus, égorgés, éventrés, martyrisés à mort; des tribus entières livrées à la faim, au froid, aux coups, aux épidémies, dans ces "centres de regroupement" qui sont en fait des camps d'extermination-servant accessoirement de bordels aux corps d'élite-et où agonisent actuellement plus de 500.000 algériens. Au cours de ces derniers mois, la presse, même la plus prudente, a déversé sur nous l'horreur: assassinats, lynchages, ratonnades, chasses à l'homme dans les rues d'Oran; à Paris, au fil de la Seine, pendus aux arbres du bois de Boulogne, des cadavres par dizaines; des mains brisés; des crânes éclatés; la Toussaint rouge d'Alger. Pouvons-nous encore être émus par le sang d'une jeune fille? "Après tout", -comme l'a insinué finement Mr Patin, Président de la Commission de Sauvegarde, au cours d'un entretien auquel j'assistais- "Djamila Boupacha est vivante: ce qu'elle a subi n'était donc pas si terrible.*" *Mr Patin faisait allusion au supplice de la bouteille infligé à Djamila: "J'avais craint qu'on ne l'eût assise sur une bouteille, comme on faisait en indochine avec les Viets; alors les intestins sont perforés et on meurt. Mais ça ne s'est pas passé ainsi...", ajoute-t-il avec le sourire d'un homme à qui on ne la fait pas. Gisèle Halimi ne prétend pas, en racontant cette histoire, toucher des coeurs définitivement rétifs à la honte s'ils n'en sont déjà submergés; l'intérêt majeur de son livre c'est qu'il démonte, pièce par pièce, une machine à mensonges si parfaitement agencée qu'à peine à-t-elle laissé filtrer, pendant 7 années, quelques lueurs de vérité. Que de fois je me suis heurtée à cette réponse: "Tout de même, si c'était aussi courant, aussi énorme, aussi affreux, ça se saurait." Mais justement: pour être aussi courant, aussi affreux, aussi énorme, il fallait que [ça] ne se sût pas. Publiquement prônée par le général Massu, ouvertement enseignée aux jeunes officiers, sanctionnée par un grand nombre d'ecclésiastiques, applaudie par la population européenne d'Algérie, systématiquement pratiquée dans les "Centres de tri", les prisons, les casernes, les Djebels, il a été facile, grâce à cette unanimité, de nier la torture en chaques cas particulier. l'exceptionnel, dans l'affaire BOUPACHA, ce ne sont pas les faits: c'est leur dévoilement. L'entêtement d'une avocate, la fierté de la plaignante, une conjoncture favorable, le courage professionnel d'un juge, ont permis de soulever le rideau de nuit et brouillard qui protège l'horreur routinière de la "guerre subversive." Un seul obstacle a tenu bon, mais du moins se découvre-t-il avec une aveuglante évidence: par la bouche du général Ailleret (Commandant Supérieur des Forces en Algérie-nommé par le général de Gaulle), l'armée s'oppose délibérément à ce que les bourreaux de Djamila soient démasqués.
Gisèle Halimi retrace, étape par étape, le chemin parcouru jusqu'à cette dernière instance;
à la lumière de son récit, considérant les pièges déjoués, les dangers évités, les efforts déployés, les hasards et les chances qui concoururent à cette relative réussite, vous comprendrez pourquoi ces gémissements, ces cris, ces hurlements à crever les oreilles qui montent depuis si longtemps de la terre d'Algérie - de celle de France aussi - vous ne les avez pas entendus ou si faiblement qu'il vous a suffi d'un peu de mauvaise foi pour les ignorer.
A VOUS PROCURER POUR CONNAITRE LA VERITE CAR COMME CHACUN SAIT:
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